J’ai eu la chance de rencontrer Nicolas Bokov dans je ne sais plus quelle circonstance « littéraire ». La parution de « Dans la rue, à Paris » avait éveillé quelque écho et Michel Polac, enthousiasmé par cette narration tranquille et distanciée de la vie effrayante des SDF, l’avait accueilli dans l’une de ses émissions. Au-delà d’un témoignage plus éloquent que toutes les enquêtes sociologiques, ce livre et chacun de ceux qui l’ont suivi (« Déjeuner au bord de la Baltique », « La Conversion », « La Zone de réponse »…) sont des oeuvres empreintes de subtilité, de discrète profondeur, d’humour pince-sans-rire et, malgré tout, d’espérance.
Car ce succès tout relatif ne fut pas le début de la gloire et de la fortune pour ce philosophe russe, ancien du samizdat, contraint à l’exil sur les routes d’Europe et des États-Unis. Peu d’êtres ont accumulé une expérience humaine aussi dense et diverse, ont su affronter des épreuves presque surhumaines avec autant de grâce et d’humble courage.
Nous nous sommes perdus de vue après quelques années. Aux dernières nouvelles, Nicolas Bokov peinait à se faire éditer…